Le discours de Théramène, avec l’accent vaudois

 

 

Nous étions plusieurs guelus de notre rude joli village, Vugelles-la-Motte, à nous rendre à Goumoins-le-Jus. Il faisait une de ces cramine, je n’arrêtais pas de greboler, un temps à  nous attirer la miauffe, mais j’étais obligé d’aller voir mon cousin pour une histoire de modzons. Enfin bref?

 

Il y avait avec nous ce bon vieux Didier qui amenait ses boilles à  la laiterie, deux vignolans qui allaient vendre leur péteux au marché et ce bouèbe avec sa mère qui allait se plaindre au régent pour la torniole qu’il s’était pris le jour d’avant. Dédé lui était devant, tout mollachu, à  dzo sur son pique. Personne ne batoillait, tout le monde était calme et silencieux.

 

Arrivés sur les rives de notre bon vieux Lac Léman, la peuff nous envahit. Soudain une puissance siclée, mon pauvre ami ! est sortie du fond du lac. Tout le monde s’arrêta net. Une autre bouélée tout aussi terrifiante, faisant trembler toute la Côte, retentit une deuxième fois.

 

C’est là , qu’un monstre énorme sortit des eaux : il avait l’air furieux. Ses cornes étaient impressionnantes, son corps était recouvert d’énormes écailles et une odeur de poisson le suivait ; il schlinguait à  réveiller les morts. Tout le monde fut épouairé et s’enfuit en quatrième vitesse. Seul ce brave Dédé restait devant cette pouette bête.

 

Il sortit sa fourche, s’avança vers elle et la lui planta dans le cotson. De rage et de douleur, le monstre bondit au pied du pique de Dédé en tirant une puissante bouélée. Le cheval partit au triple galop tout épouairé lui aussi. Il fit déguiller Dédé de sa selle qui était déjà tout de trabiole. Excuse-moi de t’affliger une telle scène, mais je te préviens que la suite ne sera pas jolie, jolie !

 

Il se fit traîner sur une bonne longueur, dans la tchaffe, dans les ronces, en s’étertissant contre des pierres, car son pied était resté croché dans l’étrier. Au bout d’un moment, son pied se détacha de son piège et Dédé roula encore toute une sacrée dérupe avant de s’immobiliser. Sur le sentier, il y avait une épeclée de sang ; c’est d’ailleurs cela qui nous amena jusqu’à lui. Dédé était plus trop vigousse. Son corps était tout ébriqué, goillassait dans une floppée de sang et des lambeaux de peau pendaient. Il était à moitié dézaqué. Ses tsausses étaient complétement déchirés et nous laissaient voir ses piautes nues ; cette scène me rebouillait ! Personne n’avait la riguenette !

 

Je le pris dans mes bras et il me dit encore quelques mots :

« Je te confie mes modzons, n’oublie pas d’aller les gouverner de temps en temps, prends soin aussi de ma bonne amie Simone qui n’aura sûrement pas tant d’accouet ces prochains jours et je te laisse en héritage tous mes Salvagnins, mes vins du pays, tu verras c’est pas de la nioniotte. Mais surtout n’oublie pas de…»

 

Il n’a pas pu finir sa phrase et mourut. Je ringuai sa dépouille jusque dans ma charrette et le ramenai au village…»

 

 

Emilie (2M1)

 

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