Travail
écrit d’histoire 3M :
Le XXe siècle (I) Octobre
2001
A) La donnée
Analysez et commentez les textes qui vous sont
donnés ci-dessous ; considérez à la fois le niveau historique et le niveau
humain. Vous devez parvenir à écrire un texte structuré et cohérent.
1. La guerre sous-marine de
l’Allemagne contre le commerce est une guerre contre l’humanité ; c’est
une guerre contre toutes les nations. Des navires américains ont été coulés,
des vies américaines ont été perdues
[…] Le défi a été lancé à toute
l’humanité. En ce qui nous concerne, nous combattrons pour que le règne du
droit rende le monde enfin libre.
Le président Wilson au Congrès américain, le 2 avril 1917
2. L’ancien pouvoir tsariste […] est vaincu mais non pas achevé.
[…] Le nouveau gouvernement est décidé à poursuivre la guerre […] il n’a rien entrepris de concret pour mettre
fin au massacre des peuples qui s’entre-tuent pour défendre les intérêts des
capitalistes.
[…] Il n’y a pas d’autre issue que la révolution prolétarienne.
Lénine, printemps 1917
3. L’hiver (1920-1921) infligeait à la
population un véritable supplice. Ni chauffage, ni éclairage et la famine
harcelante : enfants, vieillards, faibles mouraient par milliers. Le
typhus, véhiculé par les poux, faisait des coupes sombres [
…]
Pour entretenir le ravitaillement, on envoyait dans les campagnes
lointaines des détachements de réquisition que les moujiks (paysans) chassaient
souvent à coups de fourches et quelquefois massacraient.
V. Serge, Mémoires d’un révolutionnaire
4.
L’Etat
est l’organisation sociale d’un pouvoir ; c’est l’organisation de la
violence destinée à mater une certaine classe. Quelle est donc la classe que le
prolétariat doit mater ? Evidemment la seule classe des exploiteurs,
c’est-à-dire la bourgeoisie.
Lénine, L’Etat et la révolution, 1917
B)
Travail écrit par
Laurent Toinet, 3M2 (en classe)
Histoire
Dans ce qui suit, les questions 1 et 2 sont réunies sous la
réponse 1 et les questions 3 et 4 sous la réponse 2.
1.- Je pense qu’il faut contextualiser ces deux discours avant de se lancer dans
une analyse plus approfondie de ces textes émanant de deux dirigeants politiques que beaucoup de
choses séparent.
En effet, 1917 est vraiment une
année clef dans ce premier conflit mondial. C’est l’année au cours de laquelle
les Etats-Unis vont sortir de leur île pour aider les Alliés et cette même
année verra la Russie sortir de la guerre et faire sa révolution (chute du
régime tsariste).
Les Etats-Unis sont en effet une
très grande puissance. Mais cette puissance n’est pas due au hasard. C’est le
fruit du commerce entre Etats-Unis et Europe. Ce commerce a continué pendant la
guerre, mais les Etats-Unis se sont aperçu que leurs cargos étaient coulés par
les sous-marins allemands. Leurs intérêts économiques et moraux sont alors
bafoués. Après plusieurs avertissements aux Allemands, les Etats-Unis entrent
en guerre en avril 1917.
Parallèlement à cela, la Russie doit
faire face à deux révolutions en 1917, qui aboutiront à son retrait pur et
simple du conflit mondial.
La première révolution a lieu en
mars. Des émeutes ouvrières dues à la misère s’insurgent contre l’absolutisme
tsariste. Cet absolutisme, très conservateur, est donc opposé à l’évolution de
la société. Bien entendu, la révolution ouvrière a été soutenue par les
Mencheviks (des réformistes, libéraux et bourgeois pour la plupart, voulant
cependant conserver la liberté de commerce, etc.). Un pouvoir provisoire est
formé et des soviets (des conseils d’ouvriers) sont créés. Cependant, ce
pouvoir ne tiendra que jusqu’en octobre, mois au cours duquel les Bolcheviks
(menés par Lénine et Trotski) prennent le pouvoir. Dès lors, Lénine veut
poursuivre l’idée de Marx, la création d’une société sans classes sociales,
mais il s’écarte de l’idée principale jusqu’à devenir un véritable dictateur.
C’est le début des heures rouges de l’URSS (la Russie a été ainsi renommée dès
1922).
Le contexte étant désormais mis en
place, nous pouvons nous pencher sur les deux discours qui nous sont donnés
pour thème.
La première chose frappante dans le
discours de Wilson est qu’il paraît très actuel : à notre époque de
tensions (Moyen-Orient, Proche-Orient) et après les attentats aux Etats-Unis du
11 septembre, le monde entier s’est déclaré « être américain ». C’est
exactement ce que suggère Wilson : « Le défi a été lancé à toute
l’humanité ». Mais, dans sa phrase précédente, ce sont les intérêts
américains qui sont cités. Wilson désire un monde libre. Mais quelle est cette
liberté ? La liberté qu’il veut – qui est la liberté du libéralisme, véritable
base du système américain dès ses origines – n’est certainement pas la même que
celle des Russes. Il se pose aujourd’hui exactement le même problème, bien que
le deuxième acteur ne soit plus russe.
Lénine, quant à lui, est bien
entendu opposé au capitalisme. Mais il recherche lui aussi la liberté. Il veut
que la Russie soit un état libre, solidaire à lui-même. C’est pourquoi, le tsar
est chassé, puis les libéraux socialistes, qui avaient pris le pouvoir. C’est
d’ailleurs Lénine, en novembre 1917, qui signe la paix – une paix remplie de
concessions de la part des Russes – avec les Allemands. Lénine est dès lors
tranquille et il peut prendre le pouvoir comme bon lui semble.[1]
A la fin de 1918, les Alliés sont victorieux.
L’Allemagne, qui avait imposé une paix difficile à la Russie, se voit elle
aussi infliger de lourdes sanctions (Traité de Versailles). L’Allemagne a perdu
toute liberté. Vient ensuite la SDN (Société Des Nations), continuation du
Traité de Versailles, qui continuera à réglementer le statut de l’Empire
allemand déchu, mais de laquelle (ironie du sort des courants d’idées) les
Etats-Unis seront absents.
2.-
Les deux textes expriment très
clairement la violence. Une violence
omniprésente, encouragée par le chef de l’Etat[2]
lui-même. S’ensuit la violence dans les campagnes pour quelques bouchées de
pain. La Russie est décimée par le froid et les luttes internes.
Les mots de Lénine
(« mater », « exploiter », « violence ») sont
véritablement un appel à l’insurrection. Il pousse tous les ouvriers, les
prolétaires à se révolter contre les Mencheviks et à prendre le pouvoir. Il ne
faut plus de luttes de classes, puisqu’il n’en reste qu’une : le
prolétariat. Chacun a les mêmes droits, l’argent est aboli, on ne se laisse pas
faire par des plus forts que soi.
Cet appel à la
violence est entendu par le peuple russe et la bourgeoisie alors déchue.
Le régime socialiste prend le
pouvoir. Commence alors une période de décadence crasse pour toute la Russie.
Disette, famine, misère. Les promesses ne sont pas tenues et le tout
« tourne au vinaigre » : le socialisme qui devait être un bien
pour tout le monde, dans une société libre, devient un gigantesque
calvaire : la dictature. Goulags, Tcheka, réglementations strictes. Tous
les opposants sont massacrés.
Dès lors, il n’y a rien d’étonnant
aux guerres civiles, pour trouver quelque nourriture au milieu du froid
sibérien, « sans chauffage, ni éclairage ».
Mais cela s’explique somme toute
assez simplement. En 1918, une tentative d’assassinat contre Lénine déclenche
une terrible répression.
Dès lors, un nouveau type de
pouvoir, et même d’Etat, naît . C’est celui de la
répression à grande échelle : celui qui est contre moi est mauvais et doit
donc mourir!
Les soviets, qui devaient être ces comités de
prolétaires – les dirigeants de la Russie nouvelle – n’ont aucune influence.
Ile ne jouent aucun rôle sur la scène politique. C’est l’Etat le seul maître,
le divin ! Tout est un négatif du capitalisme : plus de propriété
privée, plus de bourgeoisie, pas non plus de propriété individuelle. Tout
appartient à l’Etat et est réglementé par ce dernier. Qui ne se soumet pas à ce
régime sera réprimandé avec véhémence. Tous les échanges commerciaux sont
réglementés par l’Etat. L’économie fonctionne à la prévision : on prévoit ce
qu’on doit produire sur une durée de cinq ans. Des incapables sont mis à la
tête des plus hautes institutions du pays.
Il est dès lors évident que le peuple lui-même
est négligé. On ne produit pas suffisamment de ressources, le climat est
invivable. Gouverner un pays aussi grand que l’URSS en faisant une économie
prévisionnelle relève de l’impossible. On se bat donc entre Russes, des combats
pour survivre.
Finalement, tout cela aboutit à une vie
insoutenable pour la plupart des paysans. D’où les tristement célèbres images
de ces pauvres femmes avec leurs enfants en plein hiver, sans rien. Ces photos
sont restées gravées dans l’esprit de tout un chacun, comme étant la
représentation d’une période très sombre pour l’humanité.
[1] Mais tout son programme dérive, jusqu’à devenir une horrible dictature (création des Goulags, de la Tcheka, …).
[2] Notons encore ce l’évolution subie dans la définition du mot Etat : il est dans un premier temps défini comme les soviets puis glissera lentement vers une autre conception : l’Etat sera le Parti.
mis sur Internet: 6.1.2002