Irlande, un pays en crise.
Situation géographique :
L'Irlande est une île partagée en deux parties : le Nord (l'Ulster) qui a son siège à Belfast et le Sud gouverné par Dublin, partie pauvre du pays surtout à l'ouest.
LIrlande se situe à côté de la Grande-Bretagne.
Problèmes de fond :
En 1169, les Britanniques décident de se rendre en Irlande sous prétexte dévangéliser l'île, mais ils y découvrent une société celtique qui n'est pas païenne et qui ne se laisse pas faire. Le peuple se révolte, mais face à la puissance de l'Angleterre, il perd tous ses droits. C'est ainsi qu'en 1215, les Irlandais ne sont plus autorisés à pratiquer leur culture gaélique traditionnelle. A partir de 1534 l'Angleterre convertie au protestantisme leur interdit les messes en latin et confisque toutes leurs terres pour les redistribuer à des colons anglais protestants, tout ce qui était à l'Irlande appartient maintenant à l'Angleterre. En 1641, les paysans catholiques d'Ulster se révoltent et réclament leurs terres, il y a alors 12000 colons massacrés, l'Angleterre riposte et gagne. Ainsi encore plus de terres leur appartiennent. En 1695, ils ôtent leurs derniers droits civiques et religieux aux Irlandais, ceux-ci ne peuvent même plus être instruits sous peine de mort. En 1739, c'est la famine causée par la maladie de la pomme de terre, premier aliment de la population. Les Irlandais tentent en vain de se soulever, mais l'Angleterre reste souveraine, elle devient le Royaume-Uni et prend toutes les décisions à la place de ceux-ci. En 1846, les propriétaires non résidants imposent de nouvelles taxes aux Irlandais et les obligent à vendre leur blé. Suite à une mauvaise récolte de la pomme de terre, une nouvelle famine survient en 1848, elle sera dévastatrice et tuera 1.3 millions d'Irlandais et favorisera la fuite de 1.4 millions vers l'Amérique ou l'Australie. L'Angleterre se résout à redonner des terres à l'Irlande et considérer une Irlande libre "Home Rule" (1912). La possession des terres des Irlandais passe de 5% à 65%. L'Irlande se scinde en deux parties, le Sud et lUlster, les catholiques et les protestants, qui veulent rester sous domination anglaise. Une guerre civile est évitée de justesse avec un but commun celui de résister aux Allemands (c'est la première guerre mondiale). Le 24 avril 1916, un groupe extrémiste de l'IRA prend d'assaut Dublin et proclame la République, c'est le début d'un sentiment national pour les Irlandais. Débute ensuite la guerre pour l'indépendance, et le 6 décembre 1921, à la suite de nombreux massacres des deux camps, le traité de Londres proclame l'Irlande du Sud comme un état indépendant : l'Eire. L'Irlande du Nord reste attachée au Royaume-Uni. Mais cette solution n'est que partielle, de nombreux catholiques habitent dans cette région et désirent les même droits que les protestants, ils sont sujets à de nombreuses discriminations. En 1969, l'armée britannique est forcée d'intervenir pour calmer les violentes bagarres entre protestants et catholiques. C'est le début de l'internement sans procès de personnes suspectées de terrorisme appartenant à l'IRA, qui s'est scindé en deux, et qui a comme but d'user de la force pour obliger les Britanniques à s'en aller. Tout ceci entraîne une violence sanglante comme notamment le 30 janvier 1972 où 13 civils ont été tués par des soldats britanniques (Bloody Sunday). L'autre partie de l'IRA vise un but plus politique et utilise le Sinn Fein comme porte-parole. Depuis ces dates la situation est en un point critique et de non-retour, d'un côté l'IRA qui veut une Irlande libre et catholique avec les mêmes droits pour tous, de l'autre les protestants anglais qui veulent rester avec leurs statuts actuels, tout ceci baigné dans le sang et les larmes. Aucune solution n'est apparue à ce jour qui convienne à tout le monde, les extrémistes armés restent sur leurs positions, ni les grèves de la faim des héros politiques catholiques, ni le mouvement des femmes pour la paix.
Une haine nourrie au fil des siècles :
Dès le début de son histoire, l'Irlande est sous domination. Tout d'abord celle des Anglais: ils ont conquis ce territoire qui n'était pas à eux, de manière brutale, ils ont ravagé des régions, les ont vidées de leurs habitants pour les repeupler avec des anglais protestants, puis ils ont imposé leur culture. Les Irlandais ne pouvaient plus acheter, recevoir des héritages ou même voter, ils étaient interdits de tout, subissaient toutes sortes dinjustices, étaient défavorisés (ils ne possédaient que 14% des terres pour 3/4 de la population), ils ne pouvaient même plus et surtout plus pratiquer leur culte et leur rite librement. A ceci s'est mêlé une grande misère : contraints à la famine qu'a produite le mildiou sur la pomme de terre, ils ne trouvaient plus rien à manger, ce qui a renforcé leur haine à l'égard des Anglais qui leur volaient leur blé puisqu'ils étaient obligés de le leur vendre pour payer leur taxes et pouvoir rester chez eux. Les ressources naturelles que possède lIrlande sont peu nombreuses : la pomme de terre et le blé sont les principaux aliments. Les revenus sont essentiellement agricoles, il existe cependant quelques ateliers textiles au Nord du pays, mais de manière générale lindustrie reste sous-développée et en insuffisance pour éviter la catastrophe. Celle-ci pousse les Irlandais a quitter leur pays pour de nouveau horizons tel que lAmérique.
Le contexte politique, social et psychologique dans lequel le peuple irlandais évolue est marqué par loppression, la discrimination raciale et la servitude. De plus les catastrophes naturelles qui ont ravagé leur pays, ont renforcé leur haine et leur envie de révolte. Ce qui a incité la rébellion des Irlandais face aux Anglais. Le terrorisme et les attentats actuels résultent de ce sentiment de haine et de terreur.
Lexique des grands opposants :
LAngleterre :
UDA: Ulster Defence Association
Principale organisation paramilitaire protestante dIrlande du Nord.
L Irlande :
IRB : Irish Repulican Brotherhood (fraternité Républicaine Irlandaise)
Organisation révolutionnaire déterminée à lutter pour une république démocratique indépendante et souveraine.
IRA: Irish Republican Army (armée républicaine irlandaise.)
Le principal groupe paramilitaire catholique.
Sinn Fein: (nous-mêmes)
Parti catholique nationaliste, le bras politique légal de lIRA, et favorable à la réunification avec la République dIrlande.
Bibliographie :
Dictionnaires et Encyclopédies :
Rohmer Bruno, Willerval Bernard, Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1987, 1805p.
Encyclopédie Universalis corpus, articles "Irlande et République dIrlande", (p. 116-138)
Ouvrages généraux :
Denvers Alain : Points chocs, Bordeaux, Atlas des conflits du monde, 1987, 240p.
Le Juez Brigitte, Maillot Agnès : Irlande, Paris, Larousse (peuples et Horizons), 1992, 121p.
Ouvrages spécifiques :
Gray Peter : LIrlande au temps de la grande famine, Découvertes Gallimard (histoire), 1995, 160p.
Guiffan Jean : Histoire de lIrlande, Hatier (nation dEurope), 1957, 272p.
Guiffan Jean : La question de lIrlande, Bruxelles, Editions Complexe (questions au XXe siècle), 1994 (1ère éd. 1989), 257p.
Fréchet René : Histoire de lIrlande, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), 1990 (5e éd. mise à jour, 1ère éd. 1970), 127p.
Lewis John, Morzac Louis : LIrlande un pays divisé, Belgique, Editions Gamma Editions Saint Loup (un monde en mutation), 1990, 36p.
Document:

(Merci à Edel Magill qui nous mis à disposition une copie de bonne qualité tiré du livre: Douglas R., Harte, L, O' Hara, J. (Eds) Drawing Conclusions:A Cartoon History of Anglo-Irish Relations 1798-1998 et qui nous a donné les références de ce document se trouvant au British Museum)
En 1847, alors que cette caricature est peinte, lIrlande traverse une "année noire".
Les paysans irlandais qui souffraient de la faim sont contraints à de nouvelles taxes par les propriétaires anglais et sont obligés de vendre leur peu de nourriture. A la fin de cette année, certains agitateurs incitent les fermiers à se soulever contre les Anglais, à faire la grève des fermages et des impôts. Cest ainsi quau début de lannée suivante la Confédération irlandaise (IRB) voit le jour. Mais cette tentative de révolte avortera.
Cette image représente "le banquet des ecclésiastiques", du clergé anglican. Les personnages sont attablés, avec plusieurs expressions différentes. Au centre du tableau, dominant la table, monté sur un veau gras, le diable règne. Lui et son serviteur à la queue fourchue, servent le clergé en boissons et nourriture, alors que parterre, il ne reste plus que les squelettes à peine visible du peuple qui est mort de faim. En arrière plan, des tableaux de la mythologie romaine tels que les dieux Bacchus, Vénus et Diane, ainsi que la statue dun garde chasse et sur la gauche, la sculpture de Mammon, qui personnifie les biens matériels dont lhomme de fait esclave dans lEvangile.
Sans doute, cette caricature exprime la vision quont les catholiques irlandais des Anglais : des païens qui vivent de leurs impôts alors queux meurent de faim.
Lidée de "païens" est accentuée par les idoles grecques et romaines du plaisir, le diable et le matérialisme présents, qui sont des valeurs et des dieux contraires à la Bible. Le verset biblique écrit en dessus de Mammon "tu nauras pas dautre Dieu que moi. " (Exode 20 : 3) met en évidence lhérésie des protestants anglais et de leurs hommes déglise repus et satisfaits de ce repas. Les chiffres écrits sur les dossiers de leurs chaises symbolisent largent soutiré aux Irlandais grâce aux taxes.
Cette représentation subjective a pour but dinterpeller les Irlandais, de les inciter à la Nous rébellion et appuie le mouvement pour une Irlande libre.
Nous avons choisi ce document parce quil image parfaitement le sentiment du peuple irlandais face à ses conquérants anglais, et quil traite également de la famine qui a elle aussi marqué ce peuple.
mis sur Internet: 3.2.2000